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ARTICLE SCIENTIFIQUE

Prions : pourquoi les désinfections conventionnelles ne suffisent pas

Les agents transmissibles non conventionnels imposent de distinguer nettoyage, élimination des protéines, réduction d’infectiosité et désinfection microbiologique classique.

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Un agent infectieux qui échappe aux catégories habituelles

Les prions pathogènes sont associés à une conformation anormale et agrégée de la protéine prion, dite PrPSc. Leur infectiosité ne repose pas sur un génome viral ou bactérien. Un procédé efficace sur les bactéries, les virus enveloppés ou les spores ne devient donc pas automatiquement efficace sur les agents transmissibles non conventionnels (ATNC). La nature des tissus contaminant la surface, leur adhésion et le support matériel jouent un rôle déterminant. C’est pourquoi la hiérarchie des risques et la caractérisation du matériel exposé doivent précéder le choix d’un traitement.

La différence entre présence de protéine et infectiosité

La disparition d’un signal protéique ne démontre pas nécessairement la disparition de l’infectiosité. Inversement, une réduction de l’infectiosité peut être observée sans élimination complète de la protéine détectable. Pour évaluer un procédé visant les ATNC, il faut examiner la méthode d’essai, la souche, la matrice contaminante, le support et le critère final. Le Protocole standard prion de l’ANSM distingue précisément les approches in vitro des études in vivo de réduction de l’infectiosité. Une lecture microbiologique classique à l’aide de spores de bactéries ne remplace pas ce niveau de preuve.

Ce que montrent les essais sur H₂O₂ vaporisé et ozone

Hara et ses coauteurs ont étudié en 2021 des prions fixés sur des fils d’acier inoxydable. Dans leur modèle murin, l’association d’ozone et de peroxyde d’hydrogène vaporisé a réduit plus fortement l’infectiosité que les agents évalués séparément. Toutefois, des transmissions ont persisté dans certains groupes traités. L’étude ne constitue donc pas une preuve d’éradication et ses résultats ne peuvent être extrapolés sans validation à toutes les surfaces, aux PSM ou aux volumes complexes. Une DSVA conforme à l’EN 17272 ne dispose pas, par ce seul fait, d’une revendication prion.

Construire une stratégie vérifiable

Une gestion prudente du risque prion combine inventaire des surfaces et équipements, évaluation des possibilités de retrait ou de traitement, procédures autorisées, compatibilité des matériaux, confinement, protection des intervenants et traçabilité. Les décisions relatives à la remise en service ou au démantèlement doivent être arrêtées par des responsables compétents et fondées sur les référentiels applicables. Le message central est simple : pour les prions, la performance ne se déduit ni de l’étiquette « stérilisant » ni d’un résultat bactéricide, mais d’une preuve spécifique au procédé et au contexte.

Références scientifiques et réglementaires

  1. ANSM — Protocole Standard Prion, version 2018
  2. Hara et al., International Journal of Molecular Sciences, 2021
  3. CDC — Infection Control for Creutzfeldt-Jakob Disease